J’ai une grande vitalité comme un requin du Groenland

Durée 1h

31 décembre, soir du réveillon.
Sophie a tout organisé. C’est les 100 ans de la mort de sa mère et elle a convoqué des amis, des proches qu’elle n’a pas vu depuis si longtemps.  Mais pour l’instant elle n’est toujours pas arrivée à sortir de la chambre.  Elle ne se sent pas à la hauteur. Les invités sont arrivés, ils ont déposé machinalement leurs manteaux sur le lit et ils ne l’ont pas remarquée, pas vue. Elle est ensevelie sous les fourrures, les parkas, elle entend qu’ils ont commencé l’apéritif et elle se rend bien compte que malgré ses 130 ans, elle est encore trop petite.

Une des particularités de la comédienne Sophie Troise est sa petite taille. Nous avons choisi d’utiliser cette différence, comme un signe du fabuleux. Le requin du Groenland peut vivre jusqu’à 400 ans du fait d’une croissance extrêmement lente autour de 0,5 à 1 cm par an. Comme le requin du Groenland Sophie prend son temps pour grandir. Nous souhaitons dans ce conte s’interroger sur la consistance d’une conscience qui aurait atteint 150 ans dans un corps sain. Nous disposerions d’une grande propension d’agir, de s’enthousiasmer, tout en ayant plus de temps pour atteindre des niveaux de conscience supérieurs. Comment percevoir l’avenir à l’échelle d’une vie de 150 ans ? Comment percevrons-nous les événements qui nous ont traversés avec cette conscience hors norme et cette nouvelle échelle de temps ? Combien de morts de naissances, d’ennui, d’échecs relativisés grâce à ce nouveau temps de vie ? Sophie traversée par le deuil, du haut de ses 130 ans, fait partie de la génération de l’homme augmenté. Ne pas souffrir, ne pas vieillir, ne pas mourir, tout obtenir. Une génération qui voudrait avoir une capacité d’action illimitée sur sa propre nature. Grandir très lentement pour prendre son temps et atteindre un jour la taille de sa destinée. C’est le bien vieillir. Faire en sorte que le bonheur ne dépende que de nous en se dégageant des espérances par lesquels le temps nous échappe dans une course effrénée à la recherche hypothétique d’un futur parfait.

Extrait

C’est une extrême clairvoyance  pour une seconde naissance.
C’est ne plus répondre à ses pulsions additives.
C’est  toucher une forme de sagesse. Non pas celle du renoncement.
Ce temps mis à disposition permet une contemplation active du soi.
S’inscrire dans le monde tout en prenant le temps d’observer l’autre et soi-même.
Comme si nous contemplions par une fenêtre un soleil couchant qui ne se couche jamais.

Distribution

Travail dirigé par Elsa Granat et Mathieu Boulet

Interprétation Sophie Troise
Création sonore Antony Cochin
Création lumières Julien Crépin
Régisseur Julien Crépin

Avec le soutien de La Loge
Production Tout Un Ciel

Remerciements aux Studios Virecour

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