Le Massacre du Printemps

au Théâtre Studio,
du 03 au 15 mars 2017

Durée 1h45

Il y a des événements comme ça qui semblent insurmontables, tu penses qu’ils vont te laisser cloué au sol. Et pourtant tu vas découvrir des forces inespérées qui vont t’inspirer pour inventer des printemps même sur pelouse synthétique.

Le Massacre du Printemps parle de ces épreuves contemporaines que peuvent vivre les petites personnes jusqu’à devenir héroïques.

À un moment donné j’ai été confrontée à un destin tragique et ce destin c’était le mien : accompagner les cancers successifs de mes parents. Aujourd’hui reconnectée à la profondeur du temps présent, du temps de calme, du temps de paix je reviens sur le temps volcanique de cette héroïne. Pour rendre compte de cet effondrement et de cette reconstruction je me suis fondue dans 3 actrices d’âges différents. Je suis partie d’une sensation très claire de cette période : je ne savais plus quel âge j’avais véritablement, je pouvais pleurer comme un enfant et à la fois relativiser comme un sage indien, tout en profitant de chaque instant comme une adolescente. Étrange sensation d’être partout à la fois: à la fin de sa vie et au commencement d’une nouvelle existence. Ce massacre est aussi l’histoire du massacre de la langue impersonnelle qui fige les relations entre les patients et le personnel soignant. Pour le bien de tous il faudrait peut-être élargir l’horizon des médecines que nous considérons acceptables. « Rien n’est tout noir ou tout blanc rien. (…) et à force de regarder dans une seule direction on va devenir de plus en plus cons ». Ce n’est pas un point de vue isolé, ça participe d’un mouvement qui existe déjà et qui vise à ce qu’on prenne conscience qu’on peut faire les choses autrement.
Se soigner ce n’est pas uniquement s’en remettre au médecin. Il s’agit de rechercher avec lui, s’asseoir côte à côte et non plus face à face. Est-ce qu’il ne pourrait pas se trouver là le début du mouvement vers la guérison, dans cette initiative responsable partagée?

Extrait

Ce qu’il faudrait là c’est des enfants. Des enfants qui courent là tout autour de nous. Puis viendrait le moment où on comprendrait ce qu’ils font. Ils ne courent pas dans tous les sens. Ils se poursuivent. Si on avait le temps, si on prenait le temps, si on avait le rythme on pourrait les compter. Dix cowboys courent derrière dix indiens. Bientôt douze cowboys. Bientôt 14 cowboys. Bientôt il ne reste qu’un indien. Bientôt tous cowboys et ils se poursuivent encore, encore, encore. Car le plaisir est dans la course. Le plaisir est dans la victoire peut-être. Mais dans la course, courir après quelqu’un. Car on meurt pour de faux et on peut toujours se relever et courir, courir, courir les uns après les autres.
Ne jamais s’arrêter. Etre indien et courir loin. Sentir la terre dans mes jambes. La liberté sur le flanc d’un cheval. Et rêver oui rêver perclus de coups durs. Mais poursuivre et rêver. Car le plaisir est dans la course. La vérité est dans les jambes. Dans ce corps qui sait, comprend et connait. Tout de chacun. S’éloigne, s’enfuit, les jambes, on les prend à son cou, à fond de train on détale. On avance, avec l’énergie sauvage. On saute d’îles en îles. Dans la joie de connaître combien le gouffre est profond et plus on connait ce gouffre et plus on saute haut. Plus on l’a approché et plus le muscle est élastique et puissant et il nous envoie à corps perdu nous jeter libres libres libres sur des sols puissants. Et le muscle nous envoie nous jeter libres libres sur les autres puissants. Non plus les frêles, qui ne savent pas, qui piétinent, qui ont peur d’avancer, de risquer de tomber. Le muscle nous envoie vers les autres vibrants. Et on court dans le seul but de la joie de courir. Et d’en pleurant inonder les gouffres, les remplir des eaux, les rendre bleus et non plus noirs profonds. Et avancer sans se cogner la chair entre les dents.

Distribution

Travail dirigé par Elsa Granat
Dramaturgie de Laure Grisinger

L’accompagnante :
Jenny Bellay (90 ANS) | Elsa Granat (34 ans) | Edith Proust (27 ans)
L’aide-soignante | Clara Guipont
Le Médecin Oncologue | Hélène Rencurel
Création sonore & le Musicothérapeute | Antony Cochin
Création lumières | Vera Martins
Création costumes | Marion Moinet
Construction décor | François Delauney
Captation | Franck Guillemain
Régisseur | Julien Crépin

Avec le soutien de Théâtre Studio d’AlfortvilleThéâtre Antoine Vitez d’Ivry
SPEDIDAM | Les plateaux solidaires ARCADI | Le CENT QUATRE

Remerciements aux Ateliers du Théâtre de l’Aquarium,
au Théâtre de la Colline, au Théâtre de Châtillon

 

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